l'objectif à long terme pour Google Books de s'imposer comme éditeur et diffuseur des ouvrages, notamment par la vente de copies numériques48. Son analyse, qui voit dans les formes qu'emprunte le projet Books une forme d'eugénisme documentaire, est en partie soutenue par Lionel Maurel, auteur du blog S.I.Lex49. Ce dernier montre que si dans le contrat (rendu public en décembre 2009) qui unit Google et la BML rien ne mentionne explicitement une exclusivité d'indexation des contenus numérisés, le CCTP précise que la mise en ligne des fichiers doit se faire « dans le cadre d’une solution hébergée propre à la Ville de Lyon » qui consistera en « un service distant via Internet que Google hébergera, à ses frais, sur ses serveurs ». Or « les fonctionnalités, le design et le contenu de ce service restent entièrement sous le contrôle du titulaire. Par design du site, il faut entendre : l’ergonomie, la présentation, l’interface et les fonctionnalités techniques de la bibliothèque numérique propre à la ville qui sera hébergée par le titulaire ». Techniquement, rien n'empêche donc Google d'interdire aux autres moteurs de recherche d'indexer les contenus numérisés. Ainsi, quand bien même le texte prévoit que la ville de Lyon « peut librement constituer avec les ouvrages imprimés numérisés par le titulaire, au fur et à mesure de la réalisation de la prestation, sa propre bibliothèque numérique et la rendre consultable par le public gratuitement, sur place ou via Internet », il est plus que probable que dans les faits la solution clés en main de Google ne devienne la seule et unique porte d'entrée pour le contenu.
Face à ces critiques, le directeur de la BML Patrick Bazin explique que Google a été la seule entreprise à répondre à l'appel d'offre lancé par l'établissement en 2006, et ajoute45 :
« Nous aurions bien aimé que Yahoo!, Microsoft ou France Télécom présentent leur candidature. [...] En 1989, j'ai été appelé par le délégué scientifique de la Bibliothèque de France pour réfléchir avec d'autres sur la place des nouvelles technologies dans la future BNF. Des amis, à Berkeley, m'avaient donné un avant-goût d'Internet et, pour moi, il était clair que la révolution numérique se jouerait dans la connexion des bibliothèques entre elles. Pas dans la construction de bibliothèques gigantesques, un modèle qui appartient au passé. J'ai donc suggéré, avec d'autres, que sur les 10 milliards alloués à la BNF, on en mette 8 dans le numérique et le reste dans le ripolinage de la Bibliothèque Richelieu. On nous a répondu : "Le numérique, c'est du vent, la vraie pensée, c'est la lenteur." Etonnez-vous qu'on ait perdu la main, aujourd'hui... »
Il souligne par ailleurs que l'efficacité du modèle économique de Google dépend directement de l'accessibilité des informations au monde entier, et qu'empêcher d'ajouter au projet Books les publications françaises serait le meilleur moyen d'offrir à la culture américaine une position dominante. Enfin, dans de nombreux cas les données fournies par la BML sont également disponibles ailleurs : « Vous trouvez intelligent que la première édition du Gargantua de Rabelais - un pur patrimoine lyonnais - renvoie à l'université de Californie ? Nous avons la même dans notre fonds ! ». Le directeur du programme Google Books France, Philippe Colombet, souligne de son côté que l'entreprise ne fera pas payer l'accès aux livres libres de droits d'auteur, et n'affichera pas de publicité face aux pages demandées ; enfin Google garantit la pérennité des fichiers pro
Monday, April 15, 2013
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